Qu'est-ce qu'on fait à Marseille 1er Arrondissement ?
📍 Marseille 1er Arrondissement · Mardi 20 octobre 2026
Ne pas tout montrer, se rendre indéchiffrable, laisser jouer le mystère et croître l'imagination... la séduction se pense volontiers elle-même comme un art. Réciproquement, l'art s'autoriserait-il à se penser comme une forme de séduction ? Trois spécialistes essaieront de répondre à cette question. - 17h — 18h Le secret, c’est sexy ! La prestidigitation ou le guetteur séduit Conférence du philosophe Alain Poussard Face aux gestes du prestidigitateur, l’horizon barré de toute mise à nu du secret ouvre l’espace d’une érotique de l’affût, qui convertit le spectateur-témoin en un guetteur acharné, épiant chaque signe susceptible de nourrir sa suspicion. Ce jeu de séduction sans séducteur est un jeu inséré dans un autre jeu - jeu redoublé donc, ou jeu au carré, aux antipodes des séductions suspectes et dévoyées, de pouvoir, de consommation ou de jouissance, d’abus ou de prévarication. On s’efforcera de caractériser le dispositif retors mais loyal d’un tel jeu, où abandon et résistance sont contraints de marcher ensemble, et où la plus forte distanciation n’est pas exclusive d’un total engagement. On insistera surtout sur la texture temporelle de cette expérience : non pas quel temps la reçoit, mais quel régime temporel original elle instaure, selon deux axes antagonistes et superposés, qui ont chacun leur direction, leur délai et leur scansion. « Pas encore, mais bientôt ». Telle est la formule que la fidèle Morgiane chuchote à l’oreille des 40 voleurs, avant de les ébouillanter un à un. En prestidigitation, l’impatience haletante du « pas encore » se vit à chaque seconde sous la hantise d’un « trop tard », qui en réalité l’a toujours déjà devancée. Ce « trop tard » qu’on joue à conjurer, mais qui est aussi l’objet secret du désir. - Alain Poussard - 18h15 — 19h15 Une œuvre d’art doit-elle être séduisante ? Conférence de l'historienne de l’art Nadeije Laneyrie-Dagen La philosophie esthétique répugne à penser l’œuvre d’art en termes de séduction. Parce qu’ils révèlent le sérieux qu’elle accorde à l’œuvre, les concepts dont elle use, le beau, le sublime, l’harmonie, se combinent difficilement avec ce que recouvre ce mot. Pourtant, le péché originel de l’art est bien depuis Platon celui qu’il condense : séduire, c’est mentir, l’art cultive l’illusion. Est-ce si simple ? Le dessein d’un artiste qui peint ou sculpte une Vierge Marie ou un Christ est d’énoncer en l’incarnant une vérité spirituelle sinon physique. Autre objection, plus actuelle : le kitsch, le joli, le mignon, toutes les productions « à l’eau de rose » destinées à plaire et faire acheter, sont accueillis désormais dans les institutions du « grand art ». Une exposition, cet automne, leur est consacrée par le Louvre-Lens. « Sérieuse » ou non, l’œuvre d’art serait-elle vouée à séduire pour exister, y compris par des moyens inavouables ? Nadeije Laneyrie-Dagen - 19h30 — 20h30 Chanson séduction Conférence du musicologue Esteban Buch Une chanson peut-elle séduire ? Une chanson peut-elle aider à séduire ? Répondre oui à ces deux questions peut paraître une évidence, tant la musique est intimement liée, dans de très nombreuses cultures, aux rituels amoureux et sexuels. Il y va pourtant d’une interrogation plus générale sur le pouvoir de la musique. Il est acquis depuis l’Antiquité que ce pouvoir est tellement redoutable, à cause de son influence sur les mœurs, que l’État ou les institutions religieuses doivent s’en méfier, voire le limiter par la force. De nos jours, ce sont plutôt les plateformes et autres dispositifs d’écoute qui assurent cette fonction de contrôle, fût-ce sous la forme bienveillante de recommandations. Cependant, le fonctionnement concret de ce pouvoir des sons musicaux reste méconnu. Parfois un chant enregistré semble nous toucher au cœur comme si cette personne virtuelle devenait elle-même, le temps de l’écoute, une sorte de partenaire amoureux. Parfois il agit plutôt comme une présence tierce, se faufilant dans une relation entre deux humains : certains s’en souviendront avec tendresse, d’autres comme l’objet embarrassant d’une coexistence imposée. En tout état de cause, le pouvoir de séduction de la musique, avec sa logique animiste, interpelle la part de l’humain et du non-humain dans l’ensemble des artefacts culturels.
📍 Source : Office de Tourisme des Loisirs et des Congrès de Marseille · mis à jour le 16 septembre 2026 — via DATAtourisme, Licence Ouverte Etalab.
Cité de la Musique de Marseille - L'Auditorium, Médiathèque, 13001 Marseille 1er Arrondissement
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